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OXMO PUCCINO

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    Abdoulaye Diarra est né au Mali, en 1974, et arrive cinq ans plus tard à Paris, dans le XIXeme arrondissement, où il grandit en observateur acéré des quartiers populaires.

    Sa stature imposante, qui impose le respect et son caractère placide lui permettent de ne pas tomber dans les pièges de la petite délinquance ordinaire de quartier, qu'il scrute autour de lui. Le quartier Danube, proche de la Place des Fêtes, est un des territoires les plus ghettoïsé de Paris, et c'est là qu'il passe son adolescence et qu'il commence à s'intéresser au rap, tandis que son frère Mamoutou s'investit dans le sport (il est aujourd'hui basketteur pro, et membre de l'équipe de France).

    Avec son ami Pit Baccardi, du même quartier, il intègre en 1995 le collectif Time Bomb, alors réputé pour être le berceau de la nouvelle génération du rap français, avec des groupes comme Lunatic ou X-Men. Sur la compilation L'invincible Armada, il grave son premier titre, autobiographique, « Monsieur Puccino », qui le fait déjà remarquer du microcosme. Time Bomb est un collectif très encadré, par Seq et DJ Mars, qui font travailler leurs artistes, et développent ce flow technique qui va devenir la norme ensuite. Oxmo Puccino et ses séides sont des habitués de l'émission Original Bombattack, sur la radio Générations, qui révèlera aussi Diam's et nombre de rappeurs à succès par la suite.

    En 1997, il enregistre « Pucc' Fiction », en duo avec Booba, sur la compilation L 432, puis « Mama Lova » sur Sad Hill, la compilation de DJ Kheops d'IAM. Deux morceaux encore très remarqués et fondateurs qui lui valent de signer chez Delabel, le label phare du rap français (IAM, Assassin, Alliance Ethnik...). Son premier album, Opéra Puccino, sort en 1998.

    Il est encensé par la critique, première floraison couronnée d'un Disque d'or, chef d'?uvre liminaire qui établit sans coup férir le règne d'un auteur à part dans le marigot d'un rap français en voie de formatage. Lyrique, vertigineux dans ses descriptions et ses métaphores, adoubé par quelques featurings de choix (Akhenaton, Lino, Pit Baccardi), Opéra Puccino recèle en outre quelques vrais tubes, comme « Mensongeur » (avec K-Reen) ou « L'Enfant seul », qui sera choisi par le cinéaste Jacques Doillon pour son film Petit frère. Cette intrusion dans un autre univers (le cinéma de Doillon n'est pas exactement fréquenté par les jeunes des quartiers) montre d'entrée que Puccino a une dimension qui dépasse de loin les frontières du rap.

    En 2001, Oxmo Puccino entame le siècle avec un album en noir et blanc, L'Amour est Mort, toujours réalisé avec l'équipe de Time Bomb. Le public boude ce disque d'exception, qui démontre une nouvelle fois la science parfaite de son auteur pour le maniement de la langue et les concepts de chansons. La critique, elle, est sous le charme, et le microcosme confit d'admiration pour celui des leurs qui emmène le rap le plus loin des clichés et des codes établis. « J'ai mal au mic », « Premier suicide », « Demain peut-être » sont des chansons sombres et prenantes, qui contrastent avec la rage vaine qui fait l'ordinaire du genre.

    L'année suivante, à la suite de vacances aux Antilles, il enregistre l'exact contraire de cet album nostalgique : « Avoir des potes » est lumineux et parfumé, et connaît un joli succès en radio, jusqu'à devenir l'hymne quasi officiel du concert géant Urban Peace, au Stade de France.Le troisième album sort en 2004, sous l'intitulé Cactus de Sibérie. Un album apte à enchanter les aficionados du rap aussi bien qu'à séduire ceux qui ignorent tout du genre, voire le rejettent. Car on y navigue dans des eaux inexplorées, où les rimes impressionnistes racontent des histoires qui s'additionnent, jusqu'à former un paysage mouvant. Quelque chose qui suscite des émotions parfois impalpables, mais dont on a la certitude qu'elle méritent d'être approfondies.

    À l'inverse du tout venant qui rappe, Oxmo Puccino ne s'adresse pas à un groupe de gens, mais à l'individu. On remarque « Black Desperado », qui creuse la veine descriptive et fictionnelle qui a fait sa gloire, mais aussi un duo avec Kool Shen, « Des flingues et des roses », qui figure également sur le premier album solo contemporain de la moitié de NTM. Le succès est cette fois au rendez-vous, et Oxmo Puccino découvre les joies de la tournée, en compagnie de Triptik, puis de Kool Shen, il enchaîne une quarantaine de dates, dont on trouve le récit musical dans le live Black Tour Desperado, en 2005.

    Oxmo Puccino s'est toujours affranchi des carcans, aussi il surprend tout le monde en 2006 avec un album concept, Lipopette Bar, paru sur le prestigieux label jazz Blue Note, et enregistré avec les Jazzbastards, un combo de jazz rompu au live. Cette aventure lui ouvre de nouveaux horizons, et le conforte dans l'envie de travailler avec un son organique et chaud, loin de la rigidité des samples et boites à rythmes. Le disque est un film noir à épisodes, peuplé de personnages dont ce grand story teller se régale à narrer les destins croisés infusés dans le crime et la marge. L'album est un nouveau succès critique, et le groupe calibré pour la scène tourne lors de soixante-dix dates en 2007, devant un public attentif et conquis. Oxmo Puccino et les Jazzbastards iront même tourner en Afrique. À la suite de ce pari risqué et réussi, Oxmo quitte la galaxie Emi Virgin, et travaille à un nouvel album.

    Le temps de quelques featurings remarqués (Idir, Grand Corps Malade, Anis), et de quelques textes apportant du poids à quelques tenants de la variété française en mal de chansons significatives (Florent Pagny, Alizée), il produit son cinquième album, L'Arme de Paix, avec son équipe de management, DLP, pour une sortie en licence sur le label indépendant Cinq7. Enregistré avec ses complices de Jazzbastards, mais dans une veine plus hip hop, avec des effluves de chanson française (ne le surnommait-on pas « Black Brel », à ses débuts ?), qui encore une fois élève le niveau du rap hexagonal vers des sommets de créativité.

    Parti sur une longue tournée, Oxomo Puccino en revient avec l'album Minutes Magiques (novembre 2010), récit live du concert du 6 mai 2010 à La Cigale avec des titres revus et réorchestrés pour l'occasion, dévoilant un Puccino plus rock qu'à l'accoutumée.

    Copyright 2010 Music Story Jean-Eric Perrin

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