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Mouloudji en concert à L'Olympia à Paris

MOULOUDJI

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    C’est dans le XIXe arrondissement de Paris, alors quartier populaire, que Marcel Mouloudji voit le jour le 16 septembre 1922. Symbole même du nouveau creuset que devenait le Paris des années 20, c’est au cœur d’un foyer composé d’un maçon kabyle communiste et d’une mère Bretonne et catholique pratiquante qu’il fait ses premiers pas. Une jeunesse ouvrière, fortement marquée par l’adhésion paternelle au Parti communiste, en dépit des protestations de la mère qui préférerait voir les deux enfants du couple (Marcel et André) inscrits au patronage du curé que dans l’organisation de jeunesse du PCF. Père « coco » et mère bigote : la famille Mouloudji était une photographie vivante de la France populaire des Années folles. Biberonnés au sirop de la rue, les deux frères connaissent une jeunesse qui n’est pas sans rappeler celle vécue quelques rues plus loin par les frères Joffo, décrites dans le roman Un Sac de billes.

    Chanteurs amateurs, les frères Mouloudji poussent la chansonnette dans quelques troquets en échange de quelques pièces. À 11 ans, Marcel fait une figuration dans un petit film sur Ménilmontant. Un métrage aujourd’hui oublié, mais qui met alors pour la première fois le garçon et le monde du spectacle face à face. Il n’oubliera pas cette rencontre de sitôt. Seule ombre au tableau dans ce véritable cliché de la vie heureuse d’une famille populaire de la France des années 30, la mère de Mouloudji sombre dans l’alcoolisme et finit par se faire interner, déclarée insane par les aliénistes.

    Au cinéma

    La première expérience au cinéma de Marcel Mouloudji connaît des suites, lors de son adolescence passée au sein des Faucons Rouges, l’organisme de jeunesse du PCF. Membre de la troupe du Groupe Octobre de Sylvain Atkine, il se produit principalement dans les usines, face à un public d’ouvriers. Faucons Rouges, Théâtre Ouvrier, Groupe Octobre... autant d’organisations aux patronymes fleurant bon le Front Populaire, la cigarette roulée, la casquette de guingois et l’engagement prolétarien. Mouloudji en est, d’ailleurs. Et plutôt deux fois qu’une. Membre du PCF lui-même, il ne deviendra libertaire et anarchiste que bien plus tard dans sa vie.

    Son activité théâtrale lui ouvre la porte des hommes de lettres ayant le cœur à gauche (comme aurait dit Henriot). Marcel Duhamel, Jean-Louis Barrault et Jacques Prévert deviennent autant de relations sur lesquelles le jeune homme pourra compter par la suite. Si, au contact de ces fins lettrés, il découvre l’univers de la poésie, c’est cependant en tant qu’acteur de cinéma et de théâtre qu’il envisage sa carrière. C’est en 1936 sous la caméra de Marcel Carné qu’il obtient son premier rôle chantant dans Jenny. S’ensuivent Mirages, A Venise une nuit, Claudine à l’école et Les disparus de Saint-Agil avant que la guerre n’éclate. Mouloudji côtoie Arletty, Michel Simon, Jean-Louis Barrault, Christian-Jaque, Marcel Carné, Pauline Carton, Erich von Stroheim, Raimu, Jean Tissier ou Michèle Morgan.

    La guerre, puis l’occupation ne l’empêchent pas de travailler. On le voit alors enchaîner des rôles dans plusieurs comédies ou drames de l’époque, dont le grand succès Les Inconnus dans la maison, où il tient un rôle important et donne la réplique à Raimu. Tout d’abord réfugié en zone libre, Mouloudji regagne Paris en 1943 et y vit de ses prestations de chanteur. Malgré ses succès précédents et en dépit de quelques apparitions ici et là dans de petits rôles à l’écran, sa carrière stagne et il doit se contenter de ses activités de chansonnier pour vivre. Puis, arrive la Libération et Mouloudji, qui a réussi à éviter le STO, publie ses mémoires alors qu’il n’a que vingt-trois ans ! Ce recueil, Enrico, reçoit le Prix de la Pléiade la même année. Désormais, grâce à Boule de suif de Christian-Jacque, Mouloudji devient davantage qu’une figure familière affligée d’un léger strabisme au second plan, caché par l’ombre de Pierre Brasseur ou de Pierre Larquey. Vedette à part entière, Marcel Mouloudji est l’une des figures de Saint-Germain-des-Prés, ayant accédé à une vraie notoriété.

    L’après-guerre en chansons

    Ayant épousé Louise « Lola » Fouquet en 1943, Mouloudji prend davantage au sérieux sa carrière de chanteur de music-hall. Si, à ses débuts, il se contentait d’interpréter les textes de Jacques Prévert et autres auteurs, il commence très vite à composer pour lui-même. En 1953, il met sa carrière cinématographique de côté pour ne plus se consacrer qu’à la chanson. « Comme un p’tit coquelicot », son premier titre, composé sous les auspices de Jacques Canetti, l’agent artistique incontournable de l’après-guerre, remporte le succès, avant « Un jour tu verras », l’année suivante. Toujours communiste convaincu, Mouloudji s’engage contre la guerre d’Indochine. Ayant maladroitement interprété la chanson « Le déserteur », de Boris Vian, dans une version non expurgée le jour de la chute de Dien Bien Phû (la chanson d’origine se terminant par « Dites à vos gendarmes que j’emporte des armes et que je sais tirer », remplacée par « Dites à vos gendarmes que je n’aurai pas d’armes et qu’ils pourront tirer »), il encourt les foudres de la presse conservatrice et de la droite qui l’accusent de corruption du moral de l’armée. La presse d’extrême-droite se déchaîne contre lui, allant même jusqu’à jouer de ses origines et de son physique (notamment de son strabisme) pour expliquer l’antipatriotisme soit-disant viscéral du chanteur. Il lui sera également reproché d’avoir intrigué et fait jouer ses relations haut placées pour avoir évité le STO, une accusation qui le poursuivra très longtemps.

    L’engagement politique

    Rejeté par les radios et les maisons de disques, Mouloudji fonde la sienne, sous forme de coopérative en 1961. S’ensuit une importante carrière artistique qui voit défiler des titres comme « En dormant », « Ciel et terre », « Les jours perdus », « Méfiez-vous des fillettes », « Le long des rues de Paris », « On m’a dit », « Complainte du maquereau », « Les Feuilles mortes »... Une discographie impressionnante, mais oubliée aujourd’hui. Homme à femmes, Mouloudji divorce d’avec Louise Fouquet pour fréquenter Lilianne Patrick ; mais côté musical, il ne rencontre plus qu’un succès d’estime car le grand public n’est plus guère réceptif à ses textes.

    Mais, en 1968, les événements de mai le voient revenir chanter dans les assemblées générales des universités et dans les usines en grève. L’accusation d’anarchisme qui pesait sur ses épaules lui sert désormais de sésame pour repartir à la rencontre d’un nouveau public, gauchiste et anarchiste, qu’il connaissait peu. Autoportrait, en 1970, le voit renouer avec les titres engagés de l’époque Vian.   « Catho par ma mère, communiste par mon père » est une mini-biographie chantée ; mais c’est surtout une reprise de Boris Vian, « Allons z’enfants » dans laquelle il vitupère sa haine de l’armée et des militaires, qui le poussent vers l’anarchisme, quittant le PCF (qui n’avait pas soutenu les événements de mai) au passage.

    Toujours militant, Mouloudji est un Bernard Lavilliers de son temps : il n’est une grande cause humanitaire et lointaine qu’il ne soutienne. Du mouvement des objecteurs de conscience à la présidence de Salvador Allende au Chili, Mouloudji rappelle encore et toujours son engagement très à gauche. 1975 voit son grand retour à l’Olympia, marquant un nouveau départ dans sa carrière de chanteur populaire. « Madame la même » et « Le bar du temps perdu » sont à nouveau des succès. Parallèlement, Mouloudji rend régulièrement hommage à ses amis disparus, Prévert et Vian en accordant une place importante de ses récitals à leurs créations, ainsi qu’au musette, genre qu’il affectionne et qu’il voit disparaître sous les guitares yéyés.

    Mouloudji en solitaire

    Inconnus, inconnues (1980) marque le début d'un net ralentissement de la production d'albums studio : l'artiste, dans les années 80, se consacre surtout à l'écriture et à la peinture, deux anciennes passions. Cela ne signifie pas pour autant l’arrêt de sa carrière : Mouloudji continue à parcourir les routes à la rencontre de son public, mais même si celui-ci se déplace en nombre, la presse et les grands médias l’ont oublié. Qu’importe ! À la télévision, il n’y a plus guère que Pascal Sevran pour encore l’inviter et Mouloudji répond toujours présent aux sollicitations de son vieil ami. Cependant, l’âge et la fatigue le rattrapent et ses prestations scéniques s’espacent de plus en plus dans le temps. En 1992, victime d’une pleurésie, il perd une grande partie de ses capacités vocales, ce qui ne l’empêche pas de remonter sur scène en 1994. Mais en juin de cette même année, la maladie est la plus forte et Marcel Mouloudji décède, alors qu’il envisageait de poursuivre la rédaction de ses mémoires. Avec lui, disparaissait tout une partie du patrimoine musical de l’après-guerre, patrimoine enrichi tant par Jacques Prévert et Boris Vian que par ses compositions personnelles.

    Copyright 2010 Music Story Benjamin D'Alguerre

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