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LEONARD COHEN

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    *Du 28 au 30 septembre, ouverture des ventes vendredi 30 mars à 10h00*



    Dans « vieux raseur », le qualificatif « vieux » n’était pas choisi par hasard. En 1968, quand Cohen sort son premier disque (simplement titré The songs of Leonard Cohen), il a déjà 34 ans, même si la musique est entré près de vingt ans plus tôt dans sa vie, sous la forme d’un groupe influencé par la country : The Buckskin boys. Cette longue attente explique l’extrême maturité de son premier effort. A son propos, on pourrait d’ailleurs reprendre l’étrange compliment que fit un jour Pete Townshend (The Who) à propos de Ray Davies (The Kinks) : « Il a toujours été vieux ». « Raseur », pour certains, Cohen l’est également par son côté littéraire. Contrairement à un Dylan, par exemple, il n’a pas directement plaqué ses textes brillants sur des accords de guitare. En dix ans, il trouve en effet le temps d’écrire quatre recueils de poèmes (Let us compare mythologies, 1956 ; The Spice Box of Earth, 1961 ; Flowers for Hitler, 1964 ; Parasites of heaven, 1966) et deux romans (The Favorite game, 1963 ; Beautiful losers, 1966). Des livres qui connaissent généralement un grand succès critique. A la sortie de Beautiful losers, un critique du Boston Globe ira jusqu’à écrire : « James Joyce n’est pas mort. Il vit à Montréal sous le nom de Leonard Cohen ».

    En parallèle, Cohen étudie à l’université de McGill puis à New York. Grâce à une bourse de l’université d’Ottawa, il s’installe ensuite sur l’île grecque de Hydra, avec une jeune Norvégienne, Marianne Jensen («Well, you know that I love to live with you / But you make me forget so very much / I forget to pray for the angels / And then the angels forget to pray for us », sur « So long, Marianne »). En la quittant, il quitte aussi la Grèce, et se lance dans une carrière de chanteur (« Je ne pouvais pas payer ma note d’épicerie »). Son intention est d’enregistrer un disque de country à Nashville mais, chemin faisant, il découvre la scène folk new-yorkaise (Phil Ochs, Tim Hardin, Tim Buckley…), en pleine expansion dans le sillage de Bob Dylan. Judy Collins enregistre deux de ses compositions (« Suzanne » et « Dress rehearsal rag » ) sur In my life (1966), et lui-même se fait connaître au festival folk de Newport, en 1967.

    Un an après, son premier album est dans les bacs : débuts discographiques du Cohen première période (« période noir et blanc », pourrait-on dire, en se référant aux couleurs de ses pochettes de disque). Le temps de trois disques (The songs of Leonard Cohen, 1968 ; Songs from a room, 1969 ; Songs of love and hate, 1971) orchestrés par Bob Johnston, producteur de Simon & Garfunkel, Bob Dylan et Johnny Cash, Cohen se fait l’apôtre d’un folk épuré, intimiste, à la froideur hivernale (« It’s cold in the morning, the end of december… », sur « Famous blue raincoat » ), déjà gorgé de références religieuses.

    Après ces trois albums en quatre ans, Cohen n’aura de cesse de se réinventer, de chercher. Une période qui coïncide paradoxalement avec des moments de profonde dépression dans la vie du chanteur qui, depuis quinze ans, se retire régulièrement à Mount Baldy, un monastère zen au sud de Los Angeles. Cohen s’ouvre sur l’extérieur : lui le spectateur de la marche du monde, à qui on avait suffisamment reproché sa présence silencieuse en Grèce après le coup d’Etat des généraux, s’engage du côté israélien en 1973, durant la guerre du Kippour. Puis se livre, quinze ans plus tard, à des prophéties politiques sur First we take Manhattan (« They sentenced me to twenty years of boredom / For trying to change the system from within / I’m coming now, I’m coming to reward them / First we take Manhattan, then we take Berlin », paroles écrites treize ans avant le 11 septembre…) ou « Democracy » Plus ouvert sur le monde extérieur, il se fait pourtant plus rare aux yeux du public, espaçant ses tournées et sa production, ne livrant plus que huit disques en trente-cinq ans. En 1975, Bob Dylan (son opposé, en terme de prolixité et de débit vocal…) lui dédicacera d’ailleurs son album Desire de ces mots : « This one’s for Leonard, if he’s still here ».

    Cette recherche musicale patiente (« Je n’ai pas trouvé de moyen simple de faire les choses. Je cherche toujours ») permettra à Cohen de se réincarner à plusieurs reprises, du folk tranchant de New skin for the old ceremony (1974) aux symphonies spectoriennes de Death of a ladies’ man (1977) en passant par la pop synthétique pratiquée depuis le milieu des années 80. D’où la perplexité de certains fans de la première heure, frustrés de voir ce songwriter au spleen feutré emmener ses synthétiseurs au beau milieu de la circulation, et troquer sa voix feutrée pour un ton de prêcheur, de prédicateur (« There is a war », « First we take Manhattan »...).

    Car Cohen est l’homme des paradoxes. Celui d’un chanteur creusant inlassablement les mêmes thèmes («Je n’ai jamais rencontré de gens qui ne parlent pas de la même chose : l’amour cherché, l’amour perdu, les défis ratés, les choses dont ils sont fiers, ceux qui les ont trahis, ceux qui ont été loyaux envers eux…») alors qu’il n’est fait que de déchirures et de contradictions (« La religion m’a aidé à supporter le fait d’avoir plusieurs facettes »). A l’œuvre plus éclatée qu’on ne le croit généralement, et formant pourtant un tout cohérent (en 2001, le Lillois Olivier Lambin, alias Red, a d’ailleurs repris intégralement Songs from a room - façon, peut-être, d’affirmer que l’œuvre de Cohen se prend comme un bloc, ou pas du tout).

    Ce sont peut-être ces paradoxes féconds qui expliquent l’immense influence de Cohen. Aujourd’hui, le Canadien fait à la fois figure de père spirituel pour toute l’indie pop des années 80 (de House of Love aux Pixies, en passant par Ian McCulloch et Robert Forster, tous présents sur la compilation I’m your fan, réalisée en 1991 sous l’égide des Inrockuptibles), de compagnon de route pour les vétérans des années 60 (John Cale, Bob Dylan), de vieux sage pour les poids lourds du rock FM (Billy Joel, Sting, Elton John ou Bono, acteurs du tribute Tower of song, en 1995). Et quand, au début des années 80, un jeune groupe gothique de Leeds a dû se trouver un patronyme, c’est dans l’œuvre de Cohen qu’il l’a trouvé : The Sisters of mercy étaient nés. En trente ans de carrière, Cohen aura été successivement le troubadour à guitare des années 60, l’homme-orchestre des années 70, l’entertainer inspiré des années 80. Romantique et cynique, croyant et païen, intimiste et politique, mélancolique et drôle (« Il y a pas mal de rires étouffés dans mes disques »). Humain, simplement : « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un dont la vie intérieure semblait très différente de la mienne ». Il y a du Leonard Cohen en chacun, et c’est sans doute pour cela que sa musique appartient à tous.

    La plupart des citations de cet article sont extraites de la biographie de Jacques Vassal (Leonard Cohen, Albin Michel/Rock’n’Folk, 1974) et de l’extraordinaire entretien (22 pages !) accordé aux Inrockuptibles en 1991.

    Copyright 2010 Music Story Jean-Marie Pottier

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