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GRACE JONES

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    À propos

    Grace Mendosa Jones est née en Jamaïque, le 19 mai 1948, dans la ville de Spanish Town, qui fut capitale de l’île jusqu'au XIXème siècle.

    C’est là qu’elle passe son enfance, avec son frère jumeau Christian, mais en 1965, le père de Grace, homme d’église et politicien, décide de déménager pour les Etats-Unis. La famille Jones s’installe à Syracuse, près de New York, où Grace étudie le théâtre avant que sa plastique avantageuse ne la pousse vers le mannequinat.

    Reine de la nuit

    Tout au long des années 70, elle est un mannequin-vedette de la jet set, très proche d’Andy Warhol qui la photographie abondamment, et de la scène people new-yorkaise. C’est pourquoi, alors qu’elle n’a quasiment jamais chanté ailleurs que sur une paire de singles, « I Need A Man » et « Sorry » pour le label français Orpheus, en 1975, elle décroche un contrat pour un album avec le label Island en 1977, pour lequel elle va enregistrer trois album post-disco, qui en font une icône pour le milieu gay mais aussi pour les aficionados de musique au sens large, qui voient dans ces efforts une tentative réussie d’exploser les frontières du genre.

    Les albums Portfolio (1977), Fame (1978) et Muse (1979) sont produits par Tom Moulton, le grand sorcier du disco, et emballés sous de luxueuses pochettes signées du graphiste Richard Bernstein. En plein effervescence hédoniste (c’est l’époque du Studio 54 à New York, du Palace à Paris, où Grace Jones donne un show pour la soirée d’ouverture), Grace Jones, avec ses versions disco d’Édith Piaf ou de comédies musicales de Broadway, est une reine de la nuit et des VIP’s.

    Portfolio contient sa version de « La Vie en rose », qui reste son plus grand succès international. Fame comprend une autre reprise d’un classique français, « Autumn Leaves » (« Les Feuilles mortes » de Prévert et Kosma), inclus dans un medley qui couvre une face entière de l’album, comme c’était déjà le cas sur Portfolio. Quant à Muse, qui sort en pleine redescente de la frénésie, au plus fort des campagnes anti-disco, il reste l'album « oublié » de la diva, sans succès ni chansons remarquées.

    La carrière de cette chanteuse par accident aurait dû se clore sur ce chapitre, mais Grace Jones va inaugurer les années 1980 avec une nouvelle série de disques qui vont en faire une diva new wave, avec un éclat cent fois supérieur à ses années disco.

    Certainement poussée par son compagnon, le graphiste français Jean-Paul Goude (ils ont un fils ensemble), elle devient en parallèle un personnage visuel fortement identifié et une chanteuse qui bouleverse les règles, avec une série d’albums qui font se télescoper le reggae de son île natale avec la new wave et ses synthétiseurs glacés. Elle pratique certes l’art quasi unique de la reprise, Warm Leatherette en est uniquement constitué à un original près), mais les morceaux qu’elle s’approprie son transfigurés par une équipe d’artistes et de techniciens hors pairs : Chris Blackwell, patron d’Island et découvreur de Bob Marley, supervise l’ensemble. Goude est en charge du visuel. Alex Sadkin, ingénieur du son maison des studios Compass Point à Nassau (qui appartiennent à Blackwell) travaille le son fourbi par Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, la rythmique d’airain du reggae (Marley, Gainsbourg, James Brown etc.), et leurs acolytes Mao Chung, Barry Reynolds, Sticky Thompson, et le clavier franco-béninois Wally Badarou. Revisitant The Normal, Tom Petty, Jacques Higelin, The Pretenders, Smokey Robinson ou Roxy Music, Grace Jones, hiératique et comme désincarnée, transfigure ces tubes en une matière nouvelle.

    L’année suivante (1981) voit arriver Nightclubbing, qui suit la même recette : une allure au-delà de la mode, les mêmes musiciens, et un répertoire qui cette fois s’autorise quelques créations totales, comme « Pull Up to the Bumper » qu’elle co-écrit, « Feel Up » qu’elle signe seule, et deux morceaux de Barry Reynolds. Au rayon reprises, le « Nightclubbing » signé Iggy Pop et David Bowie, « Demolition Man » de Sting et The Police, un tango fameux d’Astor Piazzolla auquel elle fait un sort (« Libertango », avec deux vers de Nathalie Delon alors compagne de Chris Blackwell !), le « Use Me » de Bill Withers et une chanson des Australiens de Flash and The Pan. Nightclubbing se classe confortablement dans les charts mondiaux, au point de susciter une réédition de son prédécesseur, Warm Leatherette, pour les nouveaux aficionados.

    En 1982, Living My Life clôt la trilogie des albums enregistrés à Compas Point avec cette équipe. Cette fois Grace Jones co-écrit tous les titres, à l’exception d’une reprise de Melvin Van Peebles. « My Jamaican Guy » en est le single phare, tandis que certains morceaux sont finalement enlevés du pressage final pour réapparaître plus tard sur une intéressante compilation

    En 1985, toujours sous une pochette luxueusement inventée par Jean-Paul Goude, Grace Jones revient avec une nouvelle équipe pour Slave To The Rhythm, qu’elle a enregistré avec Trevor Horn et Bruce Wooley (The Buggles et ce genre de chose). Un son nettement plus anglais, en l’occurrence, caractérise cette nouvelle période, et cette sorte d’album concept.

    En 1986, pour son huitième album, Inside Story, Grace Jones collabore cette fois avec Nile Rodgers (Chic) qui produit avec elle ce premier album pour un nouveau label, Manhattan Records. En même temps qu’elle retrouve New York, elle renoue avec Richard Bernstein pour l’illustration de la pochette, le même qui emballait sa trilogie disco seventies. « I’m Not Perfect (But I’m Perfect For You) » est le single moteur de ce disque dans les charts.

    En 1989, elle retrouve Goude pour le visuel (dérivé de leur fameuse pub pour Citroën) de Bulletproof Heart, un album qu’elle produit avec la crème de la scène house new-yorkaise (Clivilles et Cole de C+C Music Factory, Chris Stanley…). « Love On Top of Love » est n°1 des charts dance, puisque le disque est essentiellement dans cette veine.

    Ensuite, Grace Jones s’absente de la musique, poursuivant une carrière au cinéma commencée en 1973, et dont les « sommets » sont ses rôles de « méchante » dans Conan Le Barbare ou A View To A Kill de la série des James Bond. Entre une série B ou un documentaire sur Andy Warhol, on la croise dans Boomerang d’Eddie Murphy en 1992.

    Deux albums sont enregistrés dans les années 90, mais ils ne seront jamais publiés, Black Marylin, un disque electro en 1994, et Force of Nature en 1998. Les années 90 ne verront que la sortie de « Sex Drive », un maxi electro sur Island Records, en collaboration avec Sheep On Drugs.

    Icône plutôt que chanteuse, Grace Jones est devenue un véritable repère culturel, un personnage plus grand que nature, qui a influencé des artistes et les codes de différentes époques. Mais l’aventure qui semblait appartenir au passé se prolonge soudainement en 2008 avec un dixième album de haute tenue, où elle renoue avec la fameuse équipe de la période Compass Point ; Hurricane est un nouvel ouragan, et Grace Jones revient aux affaires pour mettre à l’amende les divas au rabais qui occupe la place depuis sa semi-retraite.

    Copyright 2010 Music Story Jean-Eric Perrin

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