DIONYSOS
Le nom « Dionysos » a beau évoquer de sauvages bacchanales que la morale et les bonnes mœurs réprouvent, l’origine du groupe se situe sur les bancs du très sage lycée Camille Vernet de Valence, lorsque quatre amis, menés par le rouquin Mathias Malzieu fondent leur premier groupe de rock.
Mathias Malzieu se destinait à l’origine à une carrière de tennisman professionnel, mais un accident met fin à ses ambitions d’être un jour l’égal de son idole, John McEnroe. Sa convalescence lui permet de troquer sa raquette contre une guitare et c’est sur son lit d’hôpital qu’il compose ses premiers textes. Des textes que les estivants de Palavas-les-Flots sont les premiers à apprécier, car le jeune homme profite de ses pérégrinations d’été pour tester ses compositions auprès d’un public de vacanciers.
L’os de Dionysos
Baptisé Dionysos, en hommage au Dieu grec de la vin et de la tragédie, le groupe fait ses premières armes dans les bars de Valence, devant un public de lycéens et d’étudiants, Mathieus Malzieu assurant le leadership vocal du quatuor. Cependant, Dionysos reste, dans l’esprit des quatre fondateurs, une simple formation de potes bien décidés à ne pas se prendre au sérieux qui n’envisagent absolument pas de faire de la musique leur carrière.
C’est leur premier « grand » concert à Valence, au Café de la Paix qui leur met le pied à l’étrier quant à une éventuelle « professionnalisation » du groupe : le public est au rendez-vous et Dionysos fait un tabac. Dès lors, les musiciens laissent un peu de côté surfs et planches à voile (la plupart pratiquent ces sports avec passion) pour s’atteler à la composition, l’écriture et l’enregistrement de démos avec lesquelles ils sonnent le ban et l’arrière-ban des investisseurs potentiels.
Ce n’est qu’en 1995, après deux ans de tournées, de promotions locales et de concerts dans le sud-est de la France qu’un petit label indépendant leur propose d’enregistrer un premier album... et encore : les membres de Dionysos en sont pour moitié de leur propre poche. Happening Songs, enregistré en six jours, marque le style de Dionysos, non-sérieux, déconnant et presque parodique. S’il est entièrement en anglais, l’album se permet quelques libertés avec l’anglais (« Screamin’ Like an Egg », « Sad Smiling F..k ») assez drôles et percutantes. Bien que possédant la plupart des défauts d’un « premier jet », Happening Songs n’en compense pas moins un certain déficit musical par une énergie et une bonne humeur qui font mouche auprès du public habituel d’un rock français décalé.
Marchant sur les traces de groupes « funs » comme les Ludwig Von 88 ou les Wampas (quoique non-politisés), Dionysos commence lentement à émerger de la petite scène de la Drôme pour se produire aux quatre coins de l’Hexagone, selon la formule consacrée.
Ukulélélectrique
Après la sortie de Happening Songs, Dionysos diversifie un peu ses influences rock et s’enrichit de l’arrivée d’Elisabeth « Babet » Ferrer, qui apporte au groupe sa maîtrise du violon et des claviers. Désormais au complet, le groupe entame une tournée nationale qui, des Transmusicales de Rennes aux autres festivals de l’été, leur donne une envergure nationale. Le titre « Wet » devient particulièrement populaire auprès des programmateurs de radio et se trouve largement diffusé sur les ondes.
C’est le début de la célébrité pour les Valentinois qui se voient contactés par un label suisse pour enregistrer un deuxième album au nom particulièrement non-sensique : The Sun Is Blue Like the Eggs in Winter. Plus travaillé et abouti que son prédécesseur, The Sun... est une production typiquement « dionysiaque » qui s’amuse toujours autant à malmener la langue de Shakespeare dans le but d’en tirer un maximum d’effets fun. Premier album de Dionysos à comporter quelques titres en français, il voit également Babet poser sa voix sur quelques morceaux du groupe, en compagnie du chanteur, offrant une indéniable touche de grâce aux titres de Dionysos.
Haïku valentinois
1999 voit Dionysos toucher les étoiles du doigt: contactés par le producteur Dan Presley, le groupe fait ses bagages et quitte Valence pour San Francisco, où un studio les attend pour l’enregistrement du prochain album. Loin de l’enregistrement à vitesse grand V de Happening Songs, ce sont plusieurs semaines qui leur sont offertes pour procéder à la mise en boîte de Haïku, leur troisième album studio.
Plus peaufiné que les précédents (et pour cause), il rencontre un succès important en France (près de trente mille albums écoulés), mais ne permet cependant pas au groupe de s’imposer sur la scène internationale car il s’avère être – ironiquement – l’album le plus francophone de Dionysos. Inspiré par Lautréamont, Mathias Malzieu conçoit la plupart des titres de l’album comme un exercice d’écriture automatique rappelant davantage les « cadavres exquis » que les poèmes japonais en trois vers dont l’opus tire son nom.
L’exercice de style, cependant, trouve ses fans dans le monde francophone et Dionysos, désormais, représente un groupe avec lequel la scène rock hexagonale doit compter. Leurs concerts forment désormais de véritables shows dont l’esthétique générale est fortement inspirée de l’œuvre de Jim Jarmusch, cinéaste auquel Mathias Malzieu a, par ailleurs, consacré son mémoire de maîtrise.
Même s’il reste peu médiatisé, le groupe acquiert, au fil des concerts , une notoriété grandissante et l’on se plaît déjà à comparer Dionysos à un nouveau Noir Désir mâtiné de Sinclair. Il est vrai que l’aspect physique et la personnalité du leader Valentinois rappellent assez celle du « Mister Funk » français, même si Dionysos se voit plutôt comme un digne successeur de Beck, des Pixies ou de Louise Attaque, dont il effectue plusieurs fois la première partie.
En 1999, une version retravaillée de Haïku, correspondant davantage aux volontés artistiques du groupe qui s’estimait un peu cannibalisé par Presley, sort sous le titre de Haïku Folk, un « live en studio » selon la définition de Malzieu.
Le nouveau western
Mathias Malzieu, grand spécialiste du stage-diving made in France avec Cali et Didier Wampas, est cependant victime de sa passion pour le saut dans la foule en 2000, lors d’un concert. Se cassant à nouveau la même cheville déjà mise à mal par ses activités passées d’émule de John McEnroe, il doit se passer de toute performance trop physique pendant près d’un an, doit désormais jouer assis et, évidemment, oublier l’idée même de slam dans le public.
Le changement est un peu brutal pour les fans qui étaient habitués à ses sautillements en concert, mais cette mésaventure lui permet de se créer un nouveau jeu de scène, plus intimiste et mettant accessoirement ses compagnons en avant. En 2002, complètement requinqué, Mathias Malzieu se lance avec ses collègues dans l’écriture d’un nouvel album, patronné cette fois par Steve Albini, le guitariste américain ayant produit Nirvana et PJ Harvey. Sous l’influence de ce mentor, vétéran du hardcore et du rock bruitiste américains, Dionysos livre ce qui est peut-être l’album au son le plus « lourd » de son existence : Western Sous La Neige. Mêlant les influences de Johnny Cash, de PJ Harvey et les plaintes lancinantes d’un Sergio Leone pour le cinéma, l’album est une petite merveille et le titre « Song for Jedi » passe en boucle sur les radios.
Grâce à ce morceau, Dionysos acquiert une reconnaissance publique sans commune mesure avec ce qu’il avait pu connaître jusque-là et ce Western... devient Disque d’or. Une grande tournée suit la sortie de l’album, popularisant le groupe et son leader charismatique. Un Mathias Malzieu qui se sent par ailleurs pousser des ailes d’écrivain puisque, sans laisser tomber Dionysos, il un recueil de nouvelles, 38 mini westerns avec des fantômes en 2002, puis un premier roman, Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi. Si les qualités littéraires du chanteur sont discutables (son style, fluide et percutant lorsqu’il s’agit du texte d’une chanson, devient volontiers lourd et ampoulé lorsqu’il qu’il est délayé sur la longueur d’un roman), ses capacités de compositeur, elles, sont reconnues par le plus grand nombre.
Après Mickaël Furnon, de Mickey 3D, c’est Mathias qu’on s’arrache, qui pour l’écriture d’un titre, qui pour une apparition, qui enfin pour la composition d’une mélodie. De Cali à Olivia Ruiz (qui devient, au passage, sa compagne), le chanteur est sollicité par toute une partie de la nouvelle scène française.
L’étrange Noël de Mister Math
Monsters in Love, en 2005, est le cinquième album du groupe, qui revient sur scène après trois ans sans nouvelle création. Très inspiré de Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, l’album se veut la déclinaison sonore du roman. Bien que certains le trouvent moins inspiré que Western Sous la Neige, l’album est l’un des plus gros cartons de l’année 2005 dans la catégorie rock. Dionysos, qui voit les choses en grand, s’y inspire de l’univers de Tim Burton. Des titres comme « Giant Jack », « Neige » et « La Métamorphose de Mister Chat » sont des références directes à L’Etrange Noël de Mister Jack, mais ne parviennent pas toujours à toucher du doigt les fulgurances symbiotiques d’un Danny Elfman, se contentant de donner à Monsters in Love un petit air de l’autre.
La tournée qui s’ensuit n’en est pas moins triomphale, d’autant que tous les festivals les plus courus se les arrachent : Francofolies, Vieilles Charrues, Transmusicales... Le quintette est partout et, s’il saute moins dans la foule qu’à ses débuts, Mathias Malzieu n’en reste pas moins un vecteur d’empathie puissant avec le public, quitte à tirer un peu la couverture à lui au détriment de ses compagnons de scène.
Adaptation mécanique
En 2007 sortent coup sur coup La Mécanique du cœur, roman de Mathias Malzieu et.... La Mécanique du Cœur, album de Dionysos, là encore adaptation musicale de la production littéraire de Malzieu. Plus ambitieux que son prédécesseur, bien que basé sur le même concept, l’album s’offre les renforts d’une pléiade de vedettes qui viennent interpréter les personnages de l’album : Grand Corps Malade, Alain Bashung, Arthur H, Olivia Ruiz ou même le comédien Jean Rochefort sont autant d'invités que le groupe invite sur cet album qui s’inscrit dans une certaine tradition de romans chantés, voire de comédies musicales.
Si les participants extérieurs se pressent pour répondre aux sollicitations de Dionysos, Babet (devenue Elisabeth Maistre depuis son mariage avec le chanteur de Houdini), pour sa part ne participe à l’enregistrement que d’un seul morceau de l’album, occupée qu’elle est par la promotion de son propre album solo, Drôle d’Oiseau (2007). Après le livre, le disque... le film. En effet, dès la sortie du roman, le producteur Luc Besson fait un pont d’or au chanteur pour tirer une adaptation sur grand écran de son roman. Un projet que l’ancien étudiant en école de cinéma accepte à l’unique condition d’en être lui-même le co-réalisateur, ajoutant ainsi un cépage supplémentaire à la vigne, déjà bien fournie, de Dionysos.
Copyright 2010 Music Story Benjamin D'Alguerre
DIONYSOS
du mardi 09 octobre au jeudi 11 octobre 2012
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LA CATEGORIE 1 A 20.30€ AU LIEU DE 39.50E
LA CATEGORIE 2 A 18.80E AU LIEU DE 36.20€
1ères parties:
le 09/10/2012: KIM
le 10/10/2012: CYRZ
le 11/10/2012: 69
Où en étions-nous restés avec Dionysos ? Le dernier album studio du groupe, La Mécanique du cœur, date de 2007. Deux ans plus tard, Dionysos fêtait ses 15 ans d’existence avec une compilation gourmande, Dionysos Eats Music, et une tournée acoustique. Depuis, le groupe avait ouvert des parenthèses : réalisation (au long cours) du film d’animation La Mécanique du cœur et nouveau roman (Métamorphose en bord de ciel) pour Mathias ; deuxième album solo et théâtre pour Babeth (qui s’est retrouvée à jouer Wendy dans le Peter Pan d’Irina Brook) ; nouveau projet musical pour Rico et Stephan (le groupe Corleone, avec l’ancien Sloy Armand) ; production pour Mike (Cyrz).
Le groupe avait prévu de se retrouver, et de préparer un nouvel album, pour la sortie du film La Mécanique du cœur. A l’origine prévue pour fin 2010. Puis 2011. Puis 2013. Car malgré la présence de coucous et de tic tacs au générique de La Mécanique du cœur, l’industrie du cinéma n’est pas une horloge suisse, c’est une grosse machine qui a besoin de temps.
Du coup, forcément, les membres de Dionysos ont commencé à se sentir tout bizarres. Fourmis dans les jambes, sensation d’impatience, crise de manque, fébrilité, comme une envie de voler dans les plumes. Le remède, ils l’ont trouvé eux-mêmes : sortir les agendas, et fêter les retrouvailles (un mot qui rime avec volaille) en enregistrant un nouvel album à l’arrache. Et à Valence, dans une ancienne chambre froide reconvertie en studio de répéts.
Au printemps dernier, le groupe s’y pose donc avec l’envie de revenir aux fondamentaux du rock : l’énergie, la sensation physique, la spontanéité. Du rock avec du roll, ce petit mot qui s’écrit avec deux « l », et c’est sans doute aussi pour ça qu’on le retrouve collé à un oiseau dans le titre du nouvel album de Dionysos. Bird’n’roll est un disque, une chanson, et presque un concept, pas du tout oiseux : « C’est une danse entre le rock’n’roll et les battements d’ailes d’oiseaux, qui génère des sensations de plaisir pour lutter contre plein de maux », éclaire Mathias. Ça peut avoir l’air légèrement absurde, mais ça ne l’est pas tant que ça : dans tout un tas de régions du monde où il n’y a pas de pharmacie au coin de la rue (parfois même il n’y a pas de rue), les chamans et les sorciers mettent des masques et dansent pour faire sortir le mal. Aux sceptiques, on conseille d’aller voir la vidéo de Cloudman : un grand moment de rock’n’roll à plumes, avec concours de danse rétro mais pas trop, et métamorphose de Mathias en homme-oiseau. Entre Mad Men (l’esthétique) et X Men (le fantastique), cette vidéo résume bien l’album Bird’n’roll : on y entend des influences de musiques millésimées (rock-a-billy, surf-music, garage-rock, calypso, BO de westerns-spaghetti-emmenthal), mais déviées du cours de leur histoire par des arrangements bizarres autant qu’étranges (chœurs de voix féminines pour ukulélé, harmonies de sifflements d’oiseaux). Les arrangements sont signés Olivier Daviaud, et le mix a été confié à Alf (Air, Mustang). C’est du rock, oui, mais sur une vague à Hawaï, sauvage et libre, expiatoire. C’est la première fois qu’on entendra Mathias chanter sous la douche (Dark Side). C’est le repêchage d’une belle chanson à l’origine composée pour Bashung (Le Grand cheval aux yeux gris). C’est un disque dont une chanson s’appelle Platini(s) – et c’est la 10, bien sûr. C’est une danse, oui, mais de saloon plutôt que de salon. C’est le nouvel album de Dionysos, oui, et si vous ne vous sentez pas mieux après l’avoir écouté, il est urgent pour vous d’aller consulter un ornithologue.
Retour vers le futur : et La Mécanique du cœur dans tout ça ? « C’est la fin d’un cycle qui continue », explique Mathias avec son sens inné de la formule magique. Dionysos y reviendra au moment de la sortie du film. Bird’n’roll n’est pas la suite de La Mécanique du cœur. Pas plus qu’il n’est un produit dérivé du dernier roman de Mathias – même si on y retrouve quelques clins d’yeux. Bird’n’roll vole de ses propres ailes. Sa sortie sera bien sûr accompagnée de concerts, et même d’un concours de danse, le premier Championnat du monde de bird’n’roll. Et ceux qui n’aiment pas danser, ou qui préfèrent garder le sac de leur copine, se jetteront sur les quatre 45 t tirés de l’album, avec des reprises bien choisies en faces B.






