MAURANE

C’est à Ixelles, commune de l’agglomération bruxelloise, que Claudine Luypaerts (future Maurane) naît le 12 novembre 1960. L’environnement familial de la jeune Belge, qui grandit à Schaerbeek (autre commune de Bruxelles), favorise le développement de sa vocation : fille d’une pianiste et d’un directeur de l’Académie de musique de Verviers, la jeune fille bénéficie d’une éducation artistique poussée qui l’amène, dès l’adolescence, à participer à des concours de chant.

En 1979, elle tient un rôle dans un spectacle musical en hommage à Jacques Brel, Brel en mille temps. Elle fait à cette occasion deux rencontres importantes : tout d’abord la parolière Daria de Martynoff, avec qui elle entame une collaboration, mais surtout le compositeur et producteur français Pierre Barouh, qui croit suffisamment au talent de la jeune Bruxelloise pour travailler avec elle et la faire signer sur son label, Saravah.

Dotée d’une voix puissante et jazzy, Maurane enregistre son premier disque, « J’me roule en boule », en 1980. Mais ce premier 45-tours, comme les suivants, ne bouleverse pas le classement. Admiratrice de Claude Nougaro et de sa capacité à transmettre à la langue française la puissance du swing américain, la jeune Belge n’a cependant pas encore trouvé la formule qui lui permettrait de s’imposer.

Floraison parisienne

Le label de Maurane ne lui garantit pas des cachets ni des rentrées d’argent mirobolantes et les relations avec son producteur ne sont, de surcroît, pas toujours idylliques. La chanteuse est contrainte, pour joindre les deux bouts, de travailler comme choriste, voire de faire des petits boulots ou de chanter dans la rue. Ce n’est qu’en 1985 qu’elle commence à percer, grâce à un spectacle sur la petite scène parisienne du Sentier des Halles.

Avec l’argent gagné grâce au concert, Maurane peut co-produire avec son label Saravah un premier album, intitulé Danser. Sorti en 1986, il est rapidement suivi d’un album réalisé en trio avec les jazzmen belges Steve Houben et Charles Loos, la fine équipe Houben-Loos-Maurane choisissant pour titre du disque l’acronyme H.L.M.

Présente sur les scènes de nombreux festivals, Maurane commence à se faire connaître du public mélomane, qui apprécie son sens du swing ; elle récolte au passage plusieurs prix, dont celui de la Sacem. A la fin 1987, elle se produit durant une semaine au Théâtre de la Ville, à Paris. L’année suivante, à la demande de Michel Berger, elle participe à la reprise du spectacle Starmania, dans lequel elle tient le rôle de Marie-Jeanne. La participation de Maurane au spectacle ne dure cependant qu’un temps, la chanteuse désirant vivre une aventure artistique indépendante, sans se fondre trop longtemps dans la masse d’une troupe pléthorique.

Mamas et Papas

La fin des années 1989 apporte enfin à Maurane la reconnaissance et le succès, à la faveur d’un changement de label. Ayant rompu avec Saravah, la chanteuse entre chez Polydor et sort sous cette nouvelle bannière un album éponyme. Plusieurs singles sont tirés de l’album : « Pas gaie la pagaille », « Tout pour un seul homme » et surtout « Toutes les mamas », qui remporte un joli succès. Vendu à 150 000 exemplaires, l’album est le prélude à un concert à l’Olympia et à une tournée internationale, qui couronnent l’accession de Maurane au vedettariat.

Désormais installée entre Schaerbeek, où elle réside toujours, et Paris, où elle travaille, Maurane s’est bâti une image de chanteuse professionnelle et discrète, suivie par un public fidèle sans pour autant attirer autour d’elle l’hystérie des médias. Multiprimée, elle sort en 1991 l’album Ami ou Ennemi, qui comprend l’un de ses plus grands succès, la chanson « Sur un prélude de Bach ».

Démontrant une capacité à changer de registre musical, alliant le lyrisme au swing, Maurane enchaîne les concerts (un nouveau spectacle à l’Olympia en 1992, encore un autre en 1993, une prestation au Printemps de Bourges en 1993) et achève sa période faste en empochant en 1994 une Victoire de la musique de la meilleure interprète francophone.

Copyright 2010 Music Story Nikita Malliarakis

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vendredi 26 octobre 2012 20h30

résumé

Il aura donc fallu attendre deux ans pour Fais-moi une fleur. Parce qu'il y a comme ça, des décalages imprévus. Parce que Maurane n'épouse pas la courbe reposante d'une trajectoire plan-plan. Le coeur lui sert de guide, elle sait que c'est l'organe qui donne. L'instinct n'est jamais loin. Le goût du défi, non plus. "Je me suis retrouvée dans une espèce de chassé-croisé de choses auquel je ne m'attendais pas". Alors qu'il est prévu de sortir de nouvelles chansons originales, l'album hommage à Nougaro arrive dans l'urgence. On connaît son histoire. Il dépasse toutes les espérances: accueil public et critique plus qu'enthousiaste, nomination aux Victoires de la Musique comme meilleure interprète, trois dates symboliques qui se transforment en une tournée de cent dates...

On en oublierait presque qu'en juillet 2009, Maurane se trouvait en studio à New York.Elle s'en pince encore aujourd'hui.Le rêve éveillé des prolongations. Il n'est pas fini. Le souvenir est intact et riche en vibrations. Maurane a pourtant mi longtemps à considérer cette escapade américaine comme une évidence. Le projet était néanmoins dans les tuyaux depuis quelques années. "Jean-Philippe Allard, directeur à l'époque de chez Polydor, m'avait dit qu'il travaillait avec une équipe de gens à New York et que ce serait l'idéal compte-tenu du fait que, dans mon univers musical, ma passion avec l'harmonie ainsi que mon amour du jazz et des musiques brésiliennes reviennent souvent à la surface. Pourquoi pas, ai-je pensé sans trop y croire. je n'étais pas obsédée par les Etats-Unis. Puis Jean-Philippe est revenu à la charge en m'annonçant qu'il avait fait écouter mes disques à Gil Goldstein et que celui-ci les avait aimés".

Faut-il rappeler que Gil Goldstein, c'est des collaborations vertigineuses avec Paul McCartney, Bobby McFerrin, Richard Galliano, Michel Petrucciani...? Le voilà ici à la co-réalisation de Fais-moi une fleur, épaulé par Jay Newland, l'ingénieur du son de Norah jones. Timing serré. Impossible de s'étaler sur la durée. Aucun ratage à l'allumage n'est possible. Les douze chansons (plus 2 bonus) sont enregistrées en six jours, dans les conditions du live. Des musiciens au CV haut de gamme (Larry Campbell à la guitare, le formidable Will Lee à la basse, et les participations de Toots Thielemans, Davd Sanborn et Mike Manieri) en totale symbiose avec la chanteuse. "Cela s'est passé dans la totale plénitude, il n'y a pas eu une seule anicroche. Quand j'ai rencontré l'an dernier l'immense Pat Metheny, je lui ai confié que j'avais fait un disuqe avec Gil Goldstein et il s'est mis à faire des courbettes. C'est là que je me suis véritablement rendue compte du privilège".

Maurane en majesté. Des mélodies taillées sur mesure, swingantes, mélancoliques, ouatées, bleutées et aux ondulations souples. Tous ces délices dont elle ne veut plus se priver et qu'elle retrouve avec une suprême gourmandise.

Fais-moi une fleur est un de ces albums que l'on écoute et que l'on ré-écoute. En boucle. Pour en saisir les multiples subtilités. Pour se délecter de nuances mélodiques et de variations harmoniques tout à fait remarquables. Ce qui frappe dans cet opus, cest son côté éclaté, vissé en même temps par une cohérente unité musicale. C'est cuivré, très orchestré mais jamais surchargé. Ici une touche de reggae pour le morceau éponyme empreint de liberté et d'insouciance. Là une rythmique louchant vers le ska pour Ce n'est pas dans ma nature, chanson écolo pleines d'images et qui fuit le politiquement correct. Plus loin un tango théâtral pour l'épicurien Le diable dans la bouteille. "Cette chanson nous concerne toutes les deux, Juliette et moi. Elle m'a dit qu'elle vait mis de nombreux noms d'alcool dedans, mais pas le champagne parce qu'il s'agit de mon pêché mignon".

Ne pas compter sur Maurane pour imposer un thème aux auteurs à son service. Pour les textes comme pour la musique, elle carbure seulement à un rapport épidermique. S'il se traduit par le frisson, c'est souvent bon signe. Elle avoue seulement un penchant pour les images et les envolées poético-oniriques. Escortée des désormais fidèles Marc Estève, Jean-Claude Vannier (exquis Le jardin de mes soucis), Art Mengo, elle a renouvelé sa confiance à la lettrée Marie Nimier et à une Brigitte Fontaine qui lui a concocté la savoureuse histoire d'une femme qui quitte son mec avec emphase et jubilation (Peplum). mais le cercle s'est sérieusement agrandi. maurane se remet entre les mains de Benoît Carré - du groupe Lilicub- et du duo Gérard Duguet-Grasser/Julien Clerc qui lui soumettent le nostalgique et classieux Qu'est-ce que je vais dire."Il y a quelque chose dans cette chanson qui me rappelle Sur un prélude de Bach, mais avec un côté plus optimiste". Elle s'adjoint également les services de François Morel. Une découverte basculant en véritable claque. "Je ne savais même pas qu'il chantait et écrivait. Je suis véritablement tombée par terre quand j'ai reçu ses chansons composées par Antoine Sahler." L'ancien deschiens lui offre notamment Face B, élégante référence à Henri Salvador. pure et indéfectible dans ses affections artistiques, Maurane était allée applaudir le crooner dans les années 80, à Pantin, accompagnée d'un certain Claude Nougaro. "Peu de temps avant qu'il ne disparaisse, Henri me glisse: "toi ça ne fait pas longtemps que tu m'aimes". il sous-entenadit que j'avais pris le train de Chmabre avec vue en marche. J'étais un peu vexée mais j'ai compris pourquoi il avait dit ça. j'avais refusé un duo avec lui pour un album de chansons de Noël. Je ne me voyais pas vraiment interprêter Vive le vent d'hiver. j'ai regretté après, parce que la version était très réussie".

La voix de Maurane, à la fois chaude, veloutée, tendre et fédératrice est évidemment irremplaçable. elle se mélange avec grâce aux cuivres et aux cordes. s'autorise des cabrioles dans le final explosif du blues-gospel Mon ange veille. Et continue d'imposer sa souveraineté. il y a également des titres comme Je me sens bien dans lequel la chanteuse se reconnaît volontiers. "Les gens ne me ressentent pas comme ça, mais je suis quelqu'un de très "insecure" en fait. Quand je sors de scène, terrain de jeu où il ne peut rien m'arriver, je suis vulnérable à souhait. Je peux être optimiste et rigolote. mais si je pars dans le bleu, je suis bien dedans."

Quand Claudine Luypaerts prend la plume, elle part à la recherche d'un garçon idéal (opus en si bel homme majeur). Une chanson prémonitoire? Affirmatif aux dernières nouvelles. "Au moment de l'écriture, j'étais dans une période affective où ce n'était plus trop ça. Depuis je l'ai trouvé cet homme." Tous les voyants sont ainsi au vert. sur scène, le plaisir sera encore décuplé avec la présence de Louis Winsberg, déjà impeccable arrangeur sur l'album Nougaro et guitariste émérite. "J'ai l'impression que la cinquantaine me réussit très bien". Maurane est plus que jamais en accord avec elle même. pas de doute, l'assurance et l'épanouissement viennent avec le temps.

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